Bonlieu



(A) Histoire du Forez.



(a) Selon des sources divergentes, l'abbaye cistercienne de Bonlieu (en latin bonus locus) fut fondée par la dynastie d'Urfé, vers 1160 (par le premier Arnoul Raybe, peu après le château d'Urfé) ou vers 1214 (par le troisième Arnoul Raybe) ; voire encore, en 1199, par Guillemette, la femme de Guy III de Forez. Le comte va mourir, outre-mer, lors de la Croisade, devant Saint-Jean-d'Acre. L'abbaye était au bord de l'ancienne voie romaine reliant Lyon (Lugdunum) à Clermont (Augustonemetum) par Feurs (Forum Segusiavorum). Vers Bonlieu, par le pont de la Bouteresse, on pouvait traverser le Lignon pour rejoindre Moingt (Aquae Segetae) et, plus tard, Montbrison. Aujourd'hui, entre Trelins et Montverdun, après la traversée de la Goutte de Reigneux, avant celle de la Goutte des Foriats, en face de la route menant aux Fauriats, on trouve encore le chemin menant à l'ancien Pont de la Bouteresse et les vestiges de celui-ci. Par les Fauriats, il se dirigeait vers Montbrison.


- <<Abbaye royale de filles, ordre de Cîteaux, en la paroisse de Boën, fief, domaine, dîme, rente noble. Cette abbaye fut fondée par la maison d'Urfé. Renaud de Forez, archevêque de Lyon, accepta la fondation environ l'an 1214. En 1267, le comte de Forez accorda à la maison de Bonlieu et aux hommes de cette maison, reçus en albergement, l'exemption de collecte de taille ; cinq sous à prendre sur Montbrison, pour l'entretien d'une lampe et pour l'entretien de l'office divin ; comme aussi la permission de chasse dans l'étendue fixée et de pêche dans la rivière de Lignon.

On voit dans l'église de Bonlieu un beau mausolée que Claude d'Urfé, gouverneur des enfants de France, fit élever en marbre blanc et noir en 1543. ("Fiefs du Forez", page 26)>>.


(b) En 1246, Béatrice, veuve du quatrième Arnoul Raybe, élit sépulture au prieuré de Bonlieu. Elle fonde une rente assise sur des terres de Champoly et de Saint-Martin-la-Sauveté.


(c) <<En 1254, Hugues d'Ailleu, donzeau, vend pour 55 livres viennois au prieuré de Bonlieu des cens sur deux courtils de Saint-Martin-la-Sauveté et des tâches au quart sur des vignes du clos d'Ailleu, à Saint-Germain-Laval, obtenant la caution du chevalier Roland Gros de Cleppé et d'Arnoul Raybe, seigneur d'Urfé ... (E. Perroy, page 42)>>.


(d) En 1258, Hugues de Couzan et son frère Renaud de Couzan vendent au prieuré de Bonlieu leur censive sur Sauvagnin, à Saint-Jean-la-Vêtre. Mathieu de Cousan est caution de cette vente. Sœur de Pierre de Marclopt et nièce d'Isabelle de Marclopt (remariée à Guillaume de Barges, seigneur de Sainte-Agathe), Marguerite de Marclopt est abbesse de Bonlieu de 1286 à 1316. Pernelle de Mizérieux est nonne à Bonlieu en 1280. Artaude de la Ronzière est nonne en 1284, avec pour dot ou moniale une terre de Balbigny. Marguerite de Vernoil y est nonne en 1310. En 1282, les frères Armand et Erail de La Garde-Corbeillon, donzeaux, inféodent en franc-fief, aux nonnes de Bonlieu, des cens et des tailles sur des terres du Puy de Serre. Serre est un hameau et une crête, entre le ruisseau d'Aubègue et l'Anzon. En 1297, Guillaume de Barges négocie avec sa parente, Marguerite de Marclopt, l'achat du pré Fant où Honoré d'Urfé situera le Temple d'Astrée. Mort après 1297, Guillaume de Barges repose à Bonlieu. De même sa fille, Alice de Barges, morte en 1311. Par la suite, fâché avec l'abbaye où se trouvait portant sa fille Marguerite, Pierre de Barges fera construire une chapelle (tombeau familial) dans l'église de Sainte-Agathe. En 1300, Guichard du Says, seigneur du Poyet, est témoin de l'accord entre l'abbesse, Marguerite de Marclopt, et Hugues Chal, seigneur du Palais-lès-Feurs. En 1302, Pierre de Sury, seigneur de Marcoux, donne 2 setier de chaux pour la construction du clocher de Bonlieu. Dans son testament de 1341, Guichard du Says donne 60 sols viennois à sa sœur Artaude, femme de Bernard de Thélis, qui était légataire de Laure de Forez. La parente du comte (1333-1358) Guy VII de Forez était simple nonne à Bonlieu.


(e) En 1272, Jean de Batailleu place sa fille Alice comme novice à Bonlieu, dont l'abbesse est alors Cécile du Fesc. Jean dote Alice sur des fonds situés à Arthun. A la même époque, son voisin Hugues d'Ailleu eut probablement une fille Béatrice qui épousa un membre de la famille d'Albègue, à Saint-Marcel-d'Urfé. En 1284, dotée d'une rente (cens, tailles, tâches) au pont de la Bouteresse, Amphelise Saramand est nonne à Bonlieu. En 1290, accompagnée de son fils Humbert, mineur, et cautionnée par Hugues de Jo, Béatrice d'Albègue vend à l'abbaye de Bonlieu les cens, tailles et tâches d'un domaine reçu en dot, à Ailleux. Le ruisseau d'Aubègue garde le souvenir de cette famille. En 1291, le prêtre de Bonlieu joue au banquier auprès de Poncet Roland d'Arthun. Le témoin est Jean de Lijay, fief de Débats-Rivière-d'Orpra. En 1294, Béatrice de Gresolles est nonne à Bonlieu.


(f) En 1348, Catherine et Clémence, filles du septième Arnoul Raybe d'Urfé et de sa seconde femme, Alice, rentrent au prieuré de Bonlieu. Simone de Buffardan est abbesse de Bonlieu en 1402. En 1438, Jeanne de Sugny de Nervieux, fille d'Antoine de Sugny et d'Isabelle de Montaigu, est nonne à Bonlieu. En 1448 et 1460, Jeanne de Salamar est abbesse de Bonlieu, à la suite de sa demi-tante Agnès.


(g) Pierre d'Urfé est mort en 1508. Par testament, il fonde une prébende d'Urfé, à l'abbaye de Bonlieu. Il est enterré dans la chapelle des Cordeliers de la Bastie, une autre de ses fondations.


(h) Jeanne de Balsac, jeune femme de Claude d'Urfé, est morte en 1542, à l’âge de 26 ans. Claude lui fit dresser un mausolée dans l'abbaye de Bonlieu. Il y sera enterré à son tour.


(i) Objet idéal. Dans L'Astrée, en souvenir de sa famille, Honoré d'Urfé ne manque pas de tendresse pour Chrisanthe, la druide qui dirige le temple de la Bonne Déesse à Bonlieu. Peut-être y trouva-t-il compréhension et réconfort, comme auprès de Jean Papon au château de Goutelas.


(j) Il existe aussi une famille de Bonlieu (ou Boulieu), citée dans deux mariages, en 1600. Le 3 octobre 1600, Christophe Harenc, seigneur de la Condamine (château à Saint-Julien-Molin-Molette), épouse Anne de Bonlieu, fille de Méraud de Bonlieu et d'Anne de Pelet. Le 5 novembre 1600, François de Saint-Pol, co-seigneur du Chazeletz, épouse Catherine de Bonlieu.


(k) Voir Diane de Châteaumorand à Bonlieu.



(B) Toponymie.



(b) <Bonlieu> est un toponyme assez fréquent, comme <Beauvoir> et <Bellevue>.


(b) Deux communes portent ce nom :


- Bonlieu (Jura) est à l'est de Lons-le Saunier. Le lac de Bonlieu est au sud du lac de Chalain (où fut trouvé un travois préhistorique).


- Bonlieu-sur-Roubion (Drôme) est à l'est de Montélimar.


(c) Dans le Limousin, à Evaux les Bains, il existe une autre abbaye de Bonlieu. Celle-ci est tenue par des hommes. Elle est fondée en 1119, par des moines de l'abbaye de Dalin, sous la direction de Géraud de Sales (Périgord). Donné aux religieux par Amélius de Chambon, le ténement de Mazerolles prend le nom de Bonlieu. Evaux les Bains (Creuse) est au sud de Montluçon.


(d) Il y a un château de Bonlieu près d'Annonay. Le 7 janvier 1563, après cinq jour de pillages, de "sauteries" et de massacres dans cette ville, le seigneur de Saint-Chamond, chef de la cavalerie catholique du Forez, y massacre des Huguenots.


- <<Nonobstant ces articles, S. Chaumont fit passer au fil de l'èpée tous les habitans qui sortoient avec la garnison, et qu'il fit charger par le chevalier d'Apchon ; et après avoir introduit ses troupes dans la ville, il la mit au pillage, où ses soldais y exercèrent toute sorte de cruautés. Les historiens protestans prétendent que le carnage fut si grand que le sang coulait dans les rues de la hauteur d'un pied ; et on ajoute, qu'après que les soldats catholiques eurent violé une fеmmо en présence de son mari, ils lui mirent une épée dans la main, et la forcèrent à la plonger dans le sein de son mari. Enfin S. Chaumont, après avoir fait brûler les portes de la ville, démanteler ses tours et raser ses murailles jusqu'aux fondemens, se retira le 14 de Janvier à Bonlieu auprès d'Annonay, où il traita les religionaires avec la même rigueur, sans que le comte de Crussol, qui éloit toujours à Valence, put l'empêcher. Ce dernier se dédommagea au mois de Mars par la prise de quelques places dans le comté Venaissin : mais il perdit Charles de Crussol son frère, qui fut tué le 19 de ce mois à Serignan, en combattant pour les religionaires, et qui fut inhumé à Orange. (Claude de Vic, Dom J.Vaissète, "Histoire générale de Languedoc, avec des notes et les pièces justificatives", édition J.B. Paya, 1844)>>.


- <<Enfin, après un siège fort long, en 1581, Annonay fut repris, et aussitôt le roi donna au seigneur Du Peloux, entre autres avantages, une rente de quatre cents écus sur la seigneurie de cette ville, en recompense des services par lui rendus et dépenses par lui faites (vingt mille livres), pour la réduction de la ville d'Annonay, «château de Bonlieu et fort des Célestins, qui étaient restés jusqu'alors dans les mains des religionnaires,» (Auguste Bernard, "Histoire du Forez", Tome II, Chapitre XVII, "Nouveau caractère des guerres religieuses. La Ligue")>>.


(e) Voir La Garde. Moulins monastiques. Sauteries de Montbrison. Terre chrétienne.







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Auteur.

Hubert Houdoy

Mis en ligne le Lundi 2 Juin 2008



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