Besoin de certitude


(a) Le besoin de certitude peut expliquer une partie des comportements humains et certains aspects regrettables de la Science, quand elle ne se montre pas à la hauteur du projet d'intelligibilité qui la définit.


- <<Le besoin de certitude a toujours été plus fort que le besoin de vérité (Gustave Le Bon, "Aphorismes du temps présent", 1913)>>.


(b) Le besoin de certitude est la peur devant la souffrance du doute.


- <<L'amour de la vérité n'est pas le besoin de certitude et il est bien imprudent de confondre l'un avec l'autre (André Gide, "Journal 1889-1939", Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1951, 21 octobre 1929, page 946)>>.


(c) Depuis les relations d'incertitude de Werner Einsenberg, il faut admettre qu'une dose d'incertitude est inhérente à notre vision la réalité.


(d) C'est autant un besoin d'afficher une certitude qu'un besoin de certitude qui met fin au mariage de Jules César et de Pompéia. Soupçonnée de déshonneur à cause de l'irruption de Clodius dans une cérémonie féminine secrète, la femme de César, la troisième, était alors la fille de Pompée.


(e) C'est un névrotique besoin de certitude, chez Othello, qui provoque la mort de Desdémone.


(f) La publicité s'empare de ce besoin :


- <<Le Test de Grossesse Digital Clearblue. Quand une femme suspecte qu'elle est enceinte, elle a besoin de certitude. Le Test de Grossesse Digital Clearblue supprime les besoins d'interpréter les résultats du test. Le Test de Grossesse Digital Clearblue affiche le résultat en toutes lettres 'Enceinte' ou 'Pas Enceinte' pour une certitude maximisée et une lecture du résultat 100% claire. (Document du web)>>.


(g) C'est le besoin de certitude qui pousse saint Augustion à renvoyer sa concubine (dont "Les Confessions" ne donnent jamais le nom). Elle était pourtant sa compagne depuis des années et la mère de son fils Adeodatus. Tout cela pour faire plaisir à sa mère, Monique, qui voulait lui faire épouser un "beau parti" de Milan. La fille en vue n'était pas encore nubile et sainte Monique est morte à Ostie avant que le mariage ne soit possible. Il semble qu'Augustin ait envie de progresser dans son métier de rhéteur, d'aller toujours au-delà, mais qu'il ne veuille pas le faire avec sa concubine, à qui il reproche d'éveiller et d'attiser sa fameuse "concupiscence". Il a besoin de diriger, d'avoir toujours une longueur d'avance. C'est pourquoi il projette de vivre en communauté avec des amis, masculins, qui sont tous plus jeunes que lui et qui sont déjà ses disciples. Le danger du désir sexuel, c'est qu'il provoque une réciprocité et donc une instabilité pour ceux qui ont besoin de certitude et de stabilité. Autant qu'il y ait un dominant et un dominé, mais que l'on sache toujours qui est le chef ou le leader intellectuel. La justification, rationalisation ou ratiocination de cette rupture avec "la femme sans nom" le conduira de plus en plus loin, parce qu'il s'aveugle sur la motivation de son évolution. Joostein Gaarder, auteur de "Le Monde de Sophie" a imaginé une réponse de la concubine dans "Vita brevis. Lettre de Faura Aemilia à Aurèle Augustinus".


(h) On peut supposer que c'est un besoin de certitude et de passer pour un producteur de certitude qui a fait passer le jeune Karl Marx de la critique humaniste du capitalisme (dans les Manuscrits de 1844) à une justification historiciste des horreurs de son époque, au nom du sens de l'Histoire. C'est sa propre paranoïa qui a poussé Louis Althusser à glorifier cette dérive du terme glorieux de coupure épistémologique, au lieu de la mettre en évidence pour la dénoncer.


(i) Il n'y a de certitude que dans la mort. Par son suicide, Caton d'Utique a brûlé la politesse à Jules César.

(j) Tout en montrant les valeurs de la scientificité (conjecture prévoyant une possibilité de réfutation par l'expérience), l'enseignement doit éviter de renforcer le besoin de certitude en diffusant une illusion de vérité absolue.


(k) Références d'usage du terme :


- <<De nouveau, une contradiction éclatante nous arrête : comment est-il possible que Nietzsche fasse d'une forme de la connaissance qui contrevient à toutes les conditions de l'existence, précisément le mode supérieur de l'existence humaine ? Car, pas un instant, il n'est question pour Nietzsche de renoncer à la poursuite du vrai. Le texte cité plus haut qui proclame avec force l'antinomie de la vérité et de la vie n'aboutit pas, pourtant, à un illusionnisme à justification vitaliste. Ces erreurs bienfaisantes, il est précisément impossible de les accepter « si l'on a dans la tête et le cœur la stricte méthode de la vérité » (ibid.). Tout vaut mieux qu' « un rapprochement avec le christianisme, sous quelque forme que ce soit : car avec lui on ne peut, suivant l'état actuel de la connaissance, décidément plus s'entendre, sans souiller incurablement sa conscience intellectuelle (ohne sein intellektueles Gewissen zu beschmutzen) et la trahir vis-à-vis de soi-même et d'autrui» (ibid). Néanmoins, cette «conscience intellectuelle » qui commande, selon "Le Gai Savoir", le « besoin de certitude » et la recherche de la vérité, appartient à un être vivant. On ne comprend pas que la vie puisse exiger la vérité, qui lui est hostile. Cette disqualification de la vérité qui s'accompagne de l'affirmation de sa valeur existentielle est en effet incompréhensible, la pensée nietzschéenne elle-même est dans son ensemble incompréhensible ; elle semble le lieu de rencontre de contradictions insurmontables, tant que l'on n'a pas tenté une détermination exacte de la notion nietzschéenne de la vie, c'est-à-dire : tant que l'on n'a pas mis en pleine lumière le caractère appréciatif et la dualité fondamentale que recouvre cette notion. (Gaëtan Picon, "Nietzsche, la vérité de la vie intense, 1876-1882", Hachette littératures, Paris, 1998, page 200)>>.


- <<En effet, qu'est-ce qui a changé ? Le détournement des technologies nouvelles à des fins destructrices n'est pas nouveau. Il accompagne l'histoire de l'humanité depuis la domestication du feu et l'invention de la pierre taillée jusqu'à la découverte de la radioactivité et de la fission nucléaire. Ce qui frappe, depuis environ soixante ans, c'est l'ampleur planétaire des désastres provoqués par l'homme lui-même et les menaces que font craindre la puissance inédite des technologies. Mais ces peurs sont accrues, me semble-t-il, pour trois raisons : d'abord les risques induits par la capacité de l'homme de modifier la nature. Jusque là, la technologie issue des sciences de la matière créait des objets technologiques stables dont l'usage dépendait de ceux qui les manipulaient. Les ressources vivantes possèdent un pouvoir d'évolution autonome. Aussi la crainte est réelle dans l'opinion, que les modifications provoquées dans le monde vivant ne se retournent par des réactions en chaîne imprévues contre leur inventeur, sans qu'il y ait eu une intention au départ ? C'est en grande partie la peur qui fonde en Europe le rejet des OGM malgré les grandes précautions qui sont prises. On pourra peut-être bientôt craindre la même chose des nanotechnologies. Le génie génétique, de son côté, remet en cause notre conception même d'une nature humaine intangible. C'est la raison pour laquelle, le philosophe Dominique Lecourt estime que "le malaise est de nature philosophique avant tout" car il nous manquerait les concepts pour penser ces nouveaux paradigmes. La deuxième raison tient à la fragmentation des connaissances, que plus aucun esprit humain aussi génial, fut-il ne peut seul appréhender. Non seulement le savoir est fragmentaire mais en outre les explications scientifiques des phénomènes sont éphémères et transitoires. La science se dérobe au besoin de certitude que réclame l'aspiration croissante de nos sociétés à la sécurité. La vérité scientifique n'a pas le même sens pour le spécialiste et ses interlocuteurs : c'est l'explication la plus plausible en l'état des connaissances pour le chercheur, un résultat définitif pour les utilisateurs. De plus, la science ne peut apporter une réponse aux questions existentielles que la remise en cause des religions a laissé sans solution contrairement à ce que certains positivistes avaient pu faire croire. (Ministère délégué à la recherche, François Goulard, Intervention au Forum " Science and Technology in Society à Kyoto", 16 novembre 2004, document du web)>>.


(l) Voir Absent de l'amour. Baron de Münchausen. Cadre de pensée. Conjecture. Confirmation. Cynisme. David Hume. Dieu ne joue pas aux dés. Doute méthodologique. Horreur du soupçon. Impatience. Insinuation. Kar Popper. Réfutabilité. Réfutation.


(m) Lire "Réalité Représentations".









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Auteur.

Hubert Houdoy

Mis en ligne le Jeudi 26 Juin 2008



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