Objet libidinal
Terme de Psychanalyse.
(a) Un objet libidinal (locution de 1948) est un objet de désir, un objet (dans un sens très large puisqu'il s'agit le plus souvent d'un sujet humain, d'une personne) susceptible d'être investi par la libido d'un sujet.
- <<L'identification avec le père devient alors un caractère d'hostilité, engendre le désir d'éliminer le père et de le remplacer auprès de la mère. A partir de ce moment, l'attitude à l'égard du père devient ambivalente ; on dirait que l'ambivalence, qui était dès l'origine impliquée dans l'identification, devient manifeste. Cet ambivalence à l'égard du père et le penchant tout de tendresse qu'il éprouve pour l'objet libidinal que représente pour lui la mère forment pour le petit garçon les éléments du Complexe d'Oedipe simple et positif. (Sigmund Freud, "Le moi et le ça", 1923)>>.
(b) L'emploi du terme objet n'est pas indifférent. Un objet est justement ce qui est distinct de Ego ou du sujet. Or, cette opposition psychique ou mentale, qui se traduit dans l'opposition paradigmatique <sujet versus objet>, n'est pas innée chez le nourrisson. La notion d'objet est acquise quand l'enfant fait une distinction entre la pulsion (qui s'empare de lui, quand il a faim ou qu'il souffre) et ce sur quoi elle se porte. Il passe alors d'un stade préobjectal à un stade objectal. Il pourra alors se percevoir comme distinct de l'objet et développer un premier embryon de personnalité et de vie psychique (proprement dit). Pour René Arpad Spitz (1887-1974), la formation de l'objet libidinal ou premier objet total se réalise par la fusion de deux objets partiels, le bon objet et le mauvais objet, au sens de Mélanie Klein.
(c) Si cette fusion s'avère impossible, il y a ce que Freud nomme un clivage de la pulsion. La libido ne peut donc s'investir dans cet objet.
(d) Cette acquisition de l'objet total, située vers huit mois, peut être suivie d'une régression, si l'enfant est dominé par la crainte de perdre ce qui est devenu l'objet libidinal. C'est ce que Spitz nommait l'hospitalisme, pour les nourrissons privés de leur mère au cours d'une hospitalisation.
(e) Energie libre. En l'absence de la mère, Freud évoque une angoisse dont l'origine est une "libido inemployée".
- <<nous voyons, en outre, chez le jeune enfant, se comporter comme angoisse quelque chose qui a en commun avec l'angoisse névrotique un trait essentiel : la provenance d'une libido inemployée. Quant à la véritable angoisse réelle, l'enfant semble ne la posséder qu'à un degré peu prononcé. Dans toutes les situations qui peuvent devenir plus tard des conditions de phobies, qu'il se trouve sur des hauteurs, sur des passages étroits au-dessus de l'eau, en chemin de fer ou en bateau, l'enfant ne manifeste aucune angoisse, et il en manifeste d'autant moins qu'il est plus ignorant. Il eût été désirable qu'il ait reçu en héritage un plus grand nombre d'instincts tendant à la préservation de la vie ; la tâche des surveillants chargés de l'empêcher de s'exposer à des dangers successifs en serait grandement facilitée. Mais, en réalité, l'enfant commence par s'exagérer ses forces et se comporte sans éprouver d'angoisse, parce qu'il ignore le danger. Il court au bord de l'eau, il monte sur l'appui d'une fenêtre, il joue avec des objets tranchants et avec du feu, bref il fait tout ce qui peut être nuisible et causer des soucis à son entourage. Ce n'est qu'à force d'éducation qu'on finit par faire naître en lui l'angoisse réelle, car on ne peut vraiment pas lui permettre de s'instruire par l'expérience personnelle. (Freud, "Introduction à la Psychanalyse")>>.
(f) A ce stade, un objet libidinal est un objet d'investissement des pulsions, distinct de l'enfant. Il marque donc une première forme d'ouverture au monde, comme réalité indépendante (non-perçue et encore moins théorisée comme telle).
(g) Références d'usage du terme :
- <<L'amour de soi véritable tourné consciemment vers nous-mêmes existe certainement aussi, il tire alors satisfaction de l'avantage du moi et non de la volupté. Mais, dans la jouissance du soi, même la volupté véritable est légèrement recouverte de ce soi au regard scrutateur, et encore son trop l'entoure apparemment comme son centre. Car c'est seulement dans l'investissement d'objet que la libido se détache comme quelque chose pour soi, c'est seulement dans les contours de l'objet qu'elle est délimitée libidinalement pour nous. Mais à l'arrière-plan s'étend aujourd'hui comme hier le pays d'où elle est originaire, et ce qui s'en détache si fortement au premier plan dans le personnage individuel de l'objet nous ravit uniquement parce qu'il porte le costume de ce pays. Je pense que la «surestimation sexuelle» dont parle Freud, l'effort de rehausser l'objet libidinal, de lui attribuer tout ce qui est beau et précieux, trouve son origine en ceci : elle cherche à en faire le représentant absolument digne et adéquat de ce qui, bien qu'englobant encore tout, se laisse finalement aussi mal appliquer et intégrer à lui qu'à l'intérieur du sujet-objet lui-même. (Lou Andreas-Salomé, "Le narcissisme comme double direction")>>.
- <<La pulsion sexuelle va apparaître comme nouée à la pulsion de mort. Le principe de plaisir, qui régit le cours du processus libidinal, sera subordonné au principe de constance. Le Surmoi, représentant de la pulsion de mort, prend en charge la désexualisation de la pulsion de vie, d'où la mise hors circuit de l'objet libidinal, à la faveur de laquelle s'engagera l'entreprise de la sublimation. (Bernard Auriol, "Le sexe des énergies pulsionnelles")>>.
- <<La théorie de l'attachement peut se formuler ainsi : la construction des premiers liens entre l'Enfant et la Mère, ou celle qui en tient lieu, répond à un besoin biologique fondamental. Il s'agit d'un besoin primaire, c'est à dire qu'il n'est dérivé d'aucun autre. S'il en est bien ainsi, on doit abandonner la théorie selon laquelle la nourriture est le seul besoin originel, dont la satisfaction entraîne ultérieurement la création d'un lien libidinal avec la nourrice selon cette conception classique. L'attachement à la Mère serait une "prime de plaisir" s'ajoutant au plaisir de la nourriture. En termes Freudiens, la libido s'appuierait, s'étayerait sur la pulsion d'auto-conservation, sur le besoin de nourriture. Si la théorie de l'attachement est exacte, on peut dire aussi que le besoin et la recherche d'autrui ne sont pas le résultat d'un apprentissage. Ils sont inscrits dès la naissance dans l'économie de l'individu. L'Enfant est un être social dans une économie biologique et cette sociabilité s'exprimerait donc dès les premières réactions. L'origine d'une découverte : Cette théorie, avec les travaux d'Harlow et de Bowlby, arrive à maturité en 1958. C'est vers cette date que le terme d'attachement est proposé pour le distinguer sinon l'opposer à la notion d'Objet libidinal, et à celle de dépendance émotionnelle, développées par les théoriciens de l'apprentissage. Cet aboutissement vient de loin, de la convergence de deux traditions de recherche. L'une est celle de l'éthologie et l'on connaît les recherches faites tout d'abord sur les oiseaux nidifuges et qui ont montré que les petits s'attachaient dès les premières heures de la vie par une sorte de tropisme à la mère, ou à un substitut de la mère, ou même au premier mobile que voyait et suivait le petit. L'autre tradition est celle des recherches sur le nourrisson et son attachement à la Mère, inaugurées par Spitz dans les années 1940. Celui-ci observe que le petit enfant séparé de sa Mère présente souvent un syndrome grave, les réactions à la perte de la Mère apportant la preuve négativement que l'Objet libidinal était déjà constitué pour lui. ("Attachement", document du web)>>.
- <<Ces multiples dimensions de la figure paternelle peuvent se regrouper sous quatre chefs : le père comme support d'identification, le père comme agent ou représentant de la séparation-castration, le père comme transmetteur de filiation, enfin le père comme objet libidinal. Le pater familias de la famille classique réunissait autrefois toutes les caractéristiques énumérées ci-dessus. Aujourd'hui, force est de constater que, si ce modèle reste encore très fort par bien des aspects, il s'est assoupli (le phallus comme le "maternage" sont assez partagés), diversifié et les nouveaux modèles de famille, décomposée, recomposée, monoparentale, adoptive, homosexuelle, distribuent fréquemment les rôles avec plus ou moins de bonheur sur d'autres personnes que ce factotum de père du XIX siècle. (Jean-Louis Le Run, "L'espace paternel à l'adolescence")>>.
- <<Résumé. L'auteur présente une description du développement de la pensée du bébé, fondée sur les observations directes du bébé inaugurées par Spitz, les observations des cliniciens actuels de l'école de Piaget, les praticiens de la psychologie cognitive développementale, et les reconstructions faites par les psychanalystes à partir du matériel de la cure. Dès la naissance, le bébé interagit avec des objets humains amenant la constitution de l'objet libidinal, à l'origine du processus psychique primaire ; des objets faisant partie de lui-même : amenant la constitution de l'objet narcissique, précurseur de l'identité ; des objets physiques de l'environnement constituant les supports et les prototypes des apprentissages cognitifs. Les mémoires sont le support indispensable des représentations psychiques et de la pensée. L'auteur désigne sous le nom de contenants de pensée des structures dynamiques qui donnent sens aux différents types d'expérience. Il distingue des contenants de pensée archaïques, symboliques complexes et culturels. Les premiers sont seuls actifs chez le bébé tant qu'il ne parle pas. Ils sont constitués par les contenants fantasmatiques, narcissiques et cognitifs, qui se spécifient par leur origine, leur loi de fonctionnement, et leurs conséquences, constituant trois courants de pensée bien différents et simultanés, entretenant des relations étroites, comme une tresse constituée de trois brins. Si l'un des brins est défaillant, la pensée se développe anormalement. C'est pourquoi il importe de n'en négliger aucun. (B. Gibello, "Les origines de la pensée. Essai pour une tresse de la pensée en trois brins", Elsevier, 2001)>>.
(h) Référence bibliographique. "Formation de l'objet libidinal" est le titre de la seconde partie (chapitres 3 à 11) de l'ouvrage de Spitz, "De la Naissance à la parole. La première année de la vie" (réédition PUF, 1997). Après la mort du fondateur de la Psychanalyse, dont Spitz avait été un des premiers disciples, cet ouvrage (1948) avait bénéficié d'une préface d'Anna Freud.
(i) Oedipe au féminin. Pour Freud, dans sa version propre de l'Oedipe, la fille doit changer son objet libidinal, ce qui n'est pas le cas pour le garçon.
(j) Dans le processus de sublimation, l'objet libidinal est désinvesti par la libido.
- <<La sublimation est un processus qui concerne la libido d'objet et consiste en ce que la pulsion se dirige vers un autre but, éloigné de la satisfaction sexuelle. (Freud, 1914)>>.
(k) Voir Clivage des représentations. Cadeau. Dépression. Eliminer. Groupe fusionnel. Narcissique. Ouverture à la globalité. Structure oedipienne. Syndrome de Stockholm. Traumatisme désorganisateur précoce.
Auteur. Hubert Houdoy le mercredi 21 Mai 2008
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