L'eau des Jasseries de la Montagne de Garnier à Saint-Bonnet-le-Courreau
Repères temporels : Randonnée de 195 photos numériques, prises le Samedi 12 Mai 2001, dans l'après-midi.
Repérage géographique : Europe, France, Département de la Loire, Monts du Forez, Commune de Saint-Bonnet-le-Courreau, estive de Garnier, rive gauche du ruisseau de Chorsin et rive droite du ruisseau de Pierre Brune.
- Carte IGN, Série Bleue, 2732Est, intitulée "Saint-Georges-en-Couzan et Pierre-sur-Haute".
Visualisation des images : les 195 photos sont sur l'album public "L'Eau des Jasseries, à Garnier", à l'adresse, http://picasaweb.google.com/hubert.houdoy/LEauDesJasseriesGarnier
Les mots en gras sont tous définis dans le cédérom encyclopédique.
De Roche-en-Forez, nous remontons les vallons du Vizézy pour atteindre la montagne de Courreau. La montagne de Roche et celle de Courreau sont une division de l'ancienne montagne de Bazanne. De la crête où nous sommes, on aperçoit une enfilade de loges, sur le versant d'en face. Elles constituent l'estive ou la montagne pastorale de Garnier. On rejoint les jasseries de Garnier en franchissant le vallon qui nous en sépare. Dans le thalweg, nous traverserons son ruisseau, au gué des Planches.
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De la crête (altitude 1 300 mètres), il nous faut descendre au gué (1 259 m), dans le vallon où coule le ruisseau de Chorsin. Venu des tourbières de la Roche Gourgon, le ruisseau descend dans la vallée glaciaire de Chorsin. Après "Les Planches", la pente qu'il suit se renforce considérablement et il disparaît dans la forêt. En aval, il alimente le ruisseau de Pierre Brune. Vers l'an 1200, le comte Guy II de Forez fait détourner une partie de l'eau du ruisseau de Chorsin au profit du Vizézy. A Montbrison, ce canal est le béal comtal. La prise d'eau du béal comtal se fait au lieu-dit "les Planches". Le béal contourne la montagne, passe sous la grange monastique de Regardière et rejoint le Vizézy, sous la traverse de Courreau.
Au sud-ouest, la Roche Gourgon (1 420 m) est une butte volcanique. Elle est entourée de tourbières. Malaroche et sagnes, les noms des alentours de ce sommet intermédiaire n'évoquent que de mauvais lieux. D'où son nom maléfique. Les Gorgones, parmi lesquelles figure la célèbre Méduse, sont trois affreux personnages de la mythologie grecque.
Le syndicat d'estive de la montagne de Garnier a créé une Auberge Rurale (1 338 m). Elle est ouverte les week-end et les jours fériés. Elle est installée dans la première loge de jasserie, au terminus de la route goudronnée.
Dans son prolongement, d'autres jasseries. Elles s'étalent, jusqu'à celle de Gourgon (1 330 m). Un peu plus à droite, moins spectaculaire, le sommet basaltique de la Grande Pierre Bazanne (1 394 m鑼res), un repère de frontière. Ici, l'herbe n'est pas dans son milieu naturel (son climax). A cet étage de la végétation pousse naturellement la forêt. L'herbe ne pousse que là où la sapinière est supprimée, la bruyère fauchée, les prairies irriguées et fumées par des razes ou par des béals.
A nos pieds, devant l'Auberge, le vallon du ruisseau de Chorsin et la montagne de Courreau (1 323 m) d'où nous venons. Du fait d'un système d'irrigation (les levées et le descendé) l'herbe est beaucoup plus grasse en aval de l'étable de chaque jasserie. C'est l'avantage de la fumade (élimination du fumier par l'eau courante, comme Héraclès dans les écuries d'Augias).
A l'est, entre le plateau de Courreau et celui de Molinvé (la falaise du Haut du Jour culmine à 1 327 mètres), dans le vallon de Pierre Brune, autour du clocher de son église, le bourg de Sauvain (885 m). Après le château de Couzan, on devine Boën et la plaine du Forez (400 m). Au lointain, au-dessus de la pollution, un nuage joue au Mont Blanc (4 810 mètres).
Commençons notre montée, par la piste qui démarre du parking de l'Auberge. Juste derrière l'Auberge, nous découvrons le béal ou la raze de Garnier qui alimente en eau la jasserie (la loge, la logette, la cave à fourme et les fumées).
De l'autre côté du chemin, la raze se poursuit. Elle dessert tout le jas. C'est pourquoi, vues de la montagne de Courreau (photo 1), les jasseries de Garnier formaient une ligne, d'altitude très légèrement décroissante. Cette montagne fut confiée aux moines de la Bénisson-Dieu par Guy II, comte de Forez, en 1201. Le monastère avait une grange monastique à Regardière. Retiré dans cette abbaye après sa Croisade en Slavonie, Guy II de Forez est obligé de reprendre du service quand son fils, Guy III de Forez (aussi nommé Guy III d'Outre-Mer), meurt devant Saint-Jean d'Acre.
A 1 362 mètres, nous sommes à peu près à la même altitude que le plateau de Molinvé et les jasseries de Renat (1 361 m). A nos pieds, le profond ravin du ruisseau de Pierre Brune nous en sépare. Le cours d'eau et sa source la plus septentrionale marquent la limite de la commune de Sauvain et de celle de Saint-Bonnet-le-Courreau. En 1200, cette frontière séparait le royaume de France de l'Empire Germanique. Le comte de Forez rendait hommage au roi de France. Le sire de Couzan (vassal) au sire de Beaujeu (suzerain) et celui-ci à l'empereur.
Sur l'autre versant, la même économie pastorale, la même canalisation des ruisseaux. Entre Charlemagne et l'An Mille, les constructeurs de la première fortification de Montherboux (Mons Herbosus) avaient creusé un béal depuis les Gourds des Aillères (une tourbière encore dangereuse) jusqu'au mont herbeux fortifié (1 279 m). Ce dernier avait besoin d'eau courante. A l'époque, on devait faire l'élevage des chevaux, pour la cavalerie franque.
Au fond, derrière les jasseries de Coleigne (1 420 m), les dernières congères de neige, sous les radars stratégiques de l'OTAN, à Pierre-sur-Haute.
Avec son âne (nuage blanc), le sommet de Pierre-sur-Haute (1 634 m) se donnerait-il des airs de Mont-Blanc (4 810 m) ? Il sait que ces lieux sont chargés d'Histoire. Par exemple, en 1168, <la querelle entre les archevêques-comtes de Lyon et le comte de Forez prend fin lorsque les troupes de Guy II écrasent à Izeron celles de Montboissier. Couzan reste théoriquement inféodé à l'Empire, mais le château voisin de Rochefort, qui avait été construit pour interdire aux comtes de Forez la vallée de l'Anzon et était jusqu'à là hommagé aux seigneurs de Thiers, passe sous la domination comtale. (Henri Bedoin, "Couzan nous est conté...")>.
Dans le prolongement de Pierre-sur-Haute, se trouve le Plat de la Richarde (1 404 m). Les burons de la Richarde sont les plus hauts lieux d'estive, sur le versant Auvergnat. Ils sont construits à 1505 mètres d'altitude. A proximité la Croix du Fossat sépare deux vallées glaciaires : la vallée du Fossat (orientée vers Saint-Pierre-la-Bourlhonne, au nord-ouest) et la vallée des Reblats, (orientée vers Valcivières, au sud-est).
Nous nous dirigeons vers la ligne des crêtes (le Plateau de Pégrol,1 474 m). Cette ligne somitale est utilisée par le GR3 pour la Grande Traversée du Massif Central, selon le parcours de la Loire.
Arrachée par le passage répété du bétail (draille) ou par les roues des engins mécaniques, l'herbe laisse le sol à nu. Dans cette pente, pourtant limitée, faute d'obstacle l'écoulement est torrentiel. La moindre pluie entraîne le sol vers le bas, formant de petites plages de sable.
Tant que le bétail broute l'herbe, la bruyère et les pins sylvestres sont clairsemé.
Dans la bruyère, une ligne claire continue marque le passage d'une raze. Malgré la présence d'un autre ru (un affluent du ruisseau de Chorsin), c'est celle qui dessert les jasseries de Garnier. Nous avons vu son arrivée. Nous découvrirons bientôt sa prise d'eau, sur la Goutte de l'Oule, au-dessus des Bois de l'Oule.
Dans le vallon de Pierre Brune, le Bois de Chorsin et le Bois de l'Oule gagnent du terrain. Mélange de sapins et de hêtres, il s'agit d'une hêtraie-sapinière. Elle est ici dans son climax (végétation naturelle de longue durée). Favorisée par des plantations, elle reprend sa place avec l'abandon des jasseries de l'Oule (vers 1 340 m).
Les jasseries de Renat et de Coleigne ont repris l'élevage des chevaux (chevaux noirs dits de Mérens). Cet élevage est peut-être un retour aux sources historiques de la seigneurie du Mons Herbosus. Charles Martel et Charlemagne accordèrent des fiefs, pris sur des abbayes, à des éleveurs de chevaux. Entre 1173 et 1200, le Montherboux semblait être tenu par la famille de Rochefort.
Les différences de couleurs indiquent le taux de fréquentation des prés et la fréquence du fauchage des refus (herbes laissées par les vaches).
Sur les pentes raides des ravins (dus à des failles tectoniques), la forêt est reine.
Dans l'herbe et la bruyère, un léger sillon : la trace d'une ancienne raze d'irrigation. Le passage répété des troupeaux forme aussi des drailles.
Les taches jaunes sont des bouquets de jonquilles.
Une autre raze, plus importante. Son canal est mieux marqué. C'est la différence entre un béal d'alimentation (fait pour garder jusqu'à l'arrivée) et un béal d'irrigation (fait pour déborder en cours de route).
Dans les zones moins fréquentées par les troupeaux, la bruyère gagne rapidement. Mais elle ne peut durer longtemps sur ce sol. Elle est le précurseurdes arbustes et des arbres, en particulier le sorbier des oiseleurs.
Un peu en-dessous de la piste, une raze en état de fonctionnement. Actuellement sans eau, c'est la raze de Garnier, le béal d'alimentation des jasseries de Garnier. Nous ne sommes qu'au début du mois de Mai. Les troupeaux ne sont pas encore dans la montagne. Le besoin d'eau n'est pas urgent.
La raze surplombe le ruisseau sur lequel est faite la prise d'eau. Ce ru ou ruisseau est la Goutte de l'Oule. C'est un affluent du ruisseau de Pierre Brune.
Vue de la raze de Garnier. Son tracé est le plus rectiligne et le plus horizontal possible. Captée à 1 368 m, l'eau est conduite à 1 340 mètres, en contournant une butte de 1362 mètres.
La prise d'eau. Pour l'instant, bloquée par une pierre, l'eau s'écoule vers le ravin et non pas dans le béal. Il suffit de déplacer la pierre pour mettre la raze en eau.
La pente du ravin est très forte, tout de suite en avalde la prise d'eau du béal. La Goutte de l'Oule plonge dans la faille du ruisseau de Pierre Brune.
L'alignement de la raze qui se prolonge jusqu'aux jasseries de Garnier. Il faut régulièrement curer le fossé et maintenir étanche le talus aval. C'était le travail des hommes, quand ils montaient en jasserie. Car l'estive et la fabrication de la fourme étaient une affaire de femmes.
En face, dominée par Pierre-sur-Haute, la pente est raide. Le ruissellement peut élargir les drailles et dénuder la roche. Pendant la Magna Guerra (entre 1108 et 1226), les seigneurs de Couzan, alliés à ceux de Thiers et de Beaujeu coupaient le comté du Forez en deux partie. Ils séparaient le Roannais du Montbrisonnais.
Le sommet, au-dessus des jasseries de l'Oule, est un merveilleux observatoire. On devine les ruines d'anciennes jasseries. Avant le Plat de la Richarde, cette partie de la montagne se nomme l'Oule et Pradoux.
L'eau vient du vallon entre les deux collines. Le fond du vallon marque la limite entre le département de la Loire et celui du Puy-de-Dôme. Jadis, ce vallon était une minuscule enclave du Forez (et du royaume de France), entre l'Auvergne et l'Empire. Un triangle d'herbe verte rappelle, longtemps après la ruine des loges, les fumées des jasseries.
Débouchant d'une tourbière, un bras de la Goutte de l'Oule traverse le chemin en s'étalant.
Venant de la même zone de tourbières ou de sagnes, un ruisseau plus structuréou mieux canalisé. Il traverse le même chemin à quelques mètres de l'autre.
Aux pieds des jasseries, les prés furent longtemps entretenus. Plus bas, le fond du vallon est de type marécageux. Pendant des siècles, les contrats de location accordés par les monastères à des paysans prévoyaient d'abéaler les champs (creuser des béals pour les irriguer et les drainer). Nous aurons l'occasion de voir ce que cela voulait dire.
Une tourbière occupe un creux entre trois collines. Ce petit lac de surcreusement glaciaire est une marmite, dont le nom latin <Aula> a probablement donné celui de <Oule>. Nous sommes donc à l'Oule de la Goutte de l'Oule. Deux ou trois ruisseaux tentent de s'y frayer un écoulement libre. Ils sont souvent retenus par la végéation et par le manque de pente. Observés de près, le frayage et la percolation à travers un chaos ne sont pas des choses simples.
Dès que le courant est suffisant, l'eau est claire. Sinon, elle se charge de rouille, par l'oxydation des micas du granite. L'eau rouge est fréquente dans les ruisseaux, sur le granite du Forez.
La végétation de surface est constituée d'herbes et de bruyères. Mais ce n'est que la partie visible de la biomasse. Le sol est formé par un amoncellement de sphaignes (plante hydrophile dont on fait des serviettes absorbantes). Il s'est constitué pendant des millénaires. Comme le nénuphar du problème de mathématiques, les sphaignes ont colonisé le lac de l'Oule.
Formant d'abord un radeau à sa surface, les sphaignes ont fini par combler toute la profondeur du lac. Elles produisent même un léger monticule de matières organiques.
Quand des arbres (bouleaux, pins) commencent à pousser dans la tourbière, ils accélèrent son dessèchement, par leur évapotranspiration. Ce n'est pas le cas ici.
Le ruisseau que nous suivions n'est pas vraiment naturel. L'eau s'écoule d'une raze. Mais ce béal n'est plus vraiment entretenu. A gauche, le plateau de Pégrol.
C'est en ce point que la plus grande partie de l'eau s'échappe du canal de drainage. Le but des razes était, en ce point, d'assécher la tourbière pour accroître la montagne pastorale.
Aujourd'hui, presque toute l'eau s'écoule dans la tourbière, en léger contrebas.
Seule une petite partie se dirige vers le pré dont la clôture est voisine, derrière les bruyères. Au-dessus, des ruines de jasseries. La carte IGN ne leur donnant pas de nom, nommons-les "Jasseries de la Goutte de l'Oule". Leur altitude est d'environ 1423 mètres.
La différence de végétation est nette, de part et d'autre de la clôture de barbelés. Une partie est encore pacagée ou fauchée, l'autre ne l'est pas.
Dans le pré, le béal n'est plus entretenu. L'eau s'en échappe. Au lieu de suivre vaguement la clôture, l'eau était canalisée vers une réserve d'eau. Ce point d'eau est un abreuvoir. Il est encore visible, plus au centre du pré. Puis, canalisé dans la pente, l'eau revenait vers la raze des jasseries de Garnier.
Actuellement fleuri de jonquilles, le pré est à l'aval des ruines des jasseries de la Goutte de l'Oule (entre les jasseries de Pradoux et les jasseries de l'Oule). Le pré d'aujourd'hui est l'ensemble de leurs fumées d'hier.
Le béal que nous venons de découvrir se prolonge en amont. Il va guider notre progression. Nous le suivrons le plus longtemps possible.
Dans ce paysage chaotique de la tourbière, la ligne manifeste une volonté humaine de canaliser la Goutte de l'Oule.
Pour éviter que l'eau ne se répande dans la tourbière ou le marais de l'Oule, un talus est construit en aval de la raze. Il maintient le béal au plus près de l'horizontale.
Formé de terre et de pierres, elles-mêmes couvertes d'herbe, le talus est visible. L'eau coule entre l'herbe et la bruyère.
Les créateurs de la raze ont dû jouer avec le relief et la nature du sol. Ils sont passé au plus près d'un affleurement rocheux. Nous sommes ici dans le granite du Forez. Quelques pins montrent que la pinède tente de reconquérir son climax, après la déforestation amorcée au Néolithique.
Le rocher a même été dénudé par l'homme, probablement pour fournir de la terre et des pierres au talus. Au-dessus de la tourbière, le vallon de la Goutte de l'Oule.
Quand nous abordons le vallon, sortant définitivement de l'ancien lac de surcreusement, la pente est plus forte. Libéré de l'herbe, l'écoulement serait torrentiel. En présence d'herbe, on oscille entre une percolation et un écoulement fluvial. Sur la gauche, au sud, les bruyères sont en Auvergne puisque la Goutte de l'Oule est une frontière régionale. Sur la droite, la ligne de crêtes marque la fin du vallon que nous allons remonter.
Dans les terrains tourbeux ("Sagnes", "Mouilles", "Molles"), dès que cesse l'entretien des béals par l'homme, le tissu herbeux a tendance à se ressouder au-dessus du flux d'eau.
Restent alors des trous, où coule l'eau. Le tapis herbeux cache l'existence du cours d'eau. Puis il pourrait mettre fin à cette existence. Dans un marais, on ne peut plus vraiment parler de cours d'eau. Bien sûr, le terrain est plus ou moins humide, selon la météorologie ambiante.
Entre deux trous d'eau, un pont d'herbe. Entre deux ponts, un trou.
Pourtant, quand elle est visible, la Goutte montre qu'elle ne manque pas de débit.
Ce qui lui permet de creuser profondément. Son eau rouge oxyde le mica de la roche sous-jacente.
Ce vallon étroit, en forme de toboggan, est à faible pente moyenne. Le ruisseau-béal parcourt un itinéraire que l'homme lui a imposé (béal) ou facilité (ruisseau). Dans ce milieu marécageux, il se perdait et stagnait. Il percolait péniblement dans un réseau d'une incroyable fractalité. Aujourd'hui, le tissu herbeux tend à se reformer au-dessus de lui. Sans entretien du ruisseau, un marais se reformerait. La percolation de l'eau deviendrait plus difficile.
Dans des zones comme celle-ci, l'herbe domine largement sur les quelques trous où le ruisseau reste visible. La forme bombée est semblable à celle que connait une tourbière au cours de son évolution.
Ce sont d'abord les tiges des herbes qui se rejoignent. Quand les racines font de même, un pont naturel végétal se forme. Le sol est plein de surprises (voire de dangers de foulures) pour le promeneur.
Ici la soudure du pont est presque achevée.
Parfois des mottes d'herbe s'effondrent dans le ruisseau. Le pont devient barrage. Si le ruisseau perd son cours, c'est le marécage qui renaît. On ne parle plus de cours d'eau, mais d'étendue d'eau. Le cours doit rester suffisamment rectiligne pour permettre à l'eau de prendre la pente et de rester un cours d'eau.
Il est difficile de montrer l'axe du ruisseau, tant l'herbe domine, au moins en surface. Seule une légère concavité du sol apparent le laisse deviner.
Ces deux trous sont encore reliés par une étroite fente. L'eau y est encore visible, au promeneur attentif.
Pour se guider, il reste le bruit de l'eau. Du moins quand le débit est important, après un mois de pluies.
C'est tout juste si l'on voit encore le trou le plus à gauche. La soudure est en marche.
Sur quelques mètres, le ruisseau nous montre un sillon continu, assez bien marqué. Nous sommes à la fois dans un coude et dans un rétrécissement du vallon. Le rocher affleure, sur les bords Auvergnat (gauche) et Forézien (droit) du vallon.
Sur plusieurs mètres, le ruisseau disparaît sous un monticule. On comprend qu'une tourbière d'origine lacustre puisse prendre une forme bombée, au-dessus du niveau de l'ancien lac de surcreusement glaciaire. Avant la colonisation humaine, une bonne partie de cette montagne était couverte par la hêtraie-sapinière.
Le monticule dans l'étrécissement du vallon. L'eau bouillonne au sortir d'un goulot imposé par la pression de la tourbe herbeuse.
En amont, l'eau est plus claire, contre la masse rocheuse couverte de bruyère.
Sur un replat, l'eau s'étale. Le sol, plus rocheux, est à l'avantage de l'eau, au détriment de l'herbe. L'Oule dépose du sable alluvionnaire. Il est formé par l'érosion du gneiss et du granite.
Des rochers affleurent sur la rive Auvergnate du vallon. Nous avons l'image, très locale, d'un vrai ruisseau.
Les arbres sont en Auvergne. Le ruisseau forme un coude. Nous en verrons la cause.
Le vallon paisible connait parfois de nettes ruptures de pente. Elles révèlent l'enrochement sous-jacent. Les glaciers du Forez l'ont raboté pendant les grandes glaciations du Quaternaire.
Sur le versant forézien, l'herbe est dans le vallon humide. La bruyère est sur les pentes, arides et caillouteuses. Pourquoi la frontière longe-t-elle le vallon et non pas la ligne des crêtes ? Parce qu'en ces lieux, la chaîne des monts du Forez se dédouble. Entre les deux crêtes se trouve la Vallorgue, le graben de Saint-Anthème. Passé le vallon, la frontière va frôler la Grande Pierre Bazanne.
Le coude du ruisseau n'avait rien de spontané. Il a été canalisé par un béal. Celui-ci est creusé, presque à l'horizontale, dans le versant forézien du vallon. La prise d'eau supposait l'élaboration d'un talus.
Mais l'eau s'échappe rapidement de la raze qui n'est plus entretenue. La végétation qu'elle irrigua lui fait obstacle.
Bientôt masqué par la végétation, l'ancien béal se devine encore. Il est presque horizontal, tandis que l'eau s'écoule à la verticale de l'image. Le béal longeait le bord du vallon, pour conduire l'eau dans les prés des jasseries de la Goutte de l'Oule. Nous n'avons pas encore atteint l'altitude requise pour qu'un béal puisse alimenter les loges des jasseries. Nous n'avons pas affaire à un béal d'alimentation. Il s'agit d'un béal d'irrigation. C'est le second que nous voyons.
Deux filets d'eau. Celui de droite, le plus haut, est le béal. Celui de gauche est la perte qui s'échappe, par défaut d'entretien du talus aval. Au-dessus de la bruyère, toujours à droite, une ligne plus claire. Il s'agit d'un autre béal. Sa prise d'eau est un peu plus haut. A la grande époque de l'estive en jasserie et de la production de la fourme familiale, les prises d'eau étaient nombreuses.
Dans la bruyère du versant Forézien, on devine encore le cheminement du béal.
Le béal se poursuit beaucoup plus loin, en contournant la montagne. Au fond du paysage, une zone d'herbe verte. Elle est sur la Montagne de Garnier. Elle manifeste un lieu très fréquenté par les troupeaux. L'herbe verte y est due à la fumure animale, plus qu'à la présence d'eau. Autour, l'herbe est plus haute et plus blanche, car elle est moins broutée. Autour de l'herbe haute, on voit de la bruyère. Elle pousse dans les zones plus sèches et moins pâturées. Elle profite des refus des vaches. Périodiquement, les ayants-droit de la montagne venaient couper la bruyère, pour faire des litières et faciliter la pousse de l'herbe.
Les hommes du passé (quelle époque ?) ont utilisé un replat pour former une retenue et permettre à l'eau de partir vers les jasseries. Mais, parmi les razes encore visibles, celles qui amènent l'eau au ruisseau sont aussi nombreuses qui celles qui desservent les près des jasseries. Pourquoi tant de travail ? Si les jasseries de la Goutte de l'Oule sont plus récentes que la raze qui conduit l'eau aux jasseries de Garnier, tout nouveau droit de prise d'eau dans la Goutte s'accompagne d'un devoir de la restituer dans la même Goutte. Cette obligation d'abéaler était inscrite dans les chartes. Le retour doit se faire en amont de la prise d'eau de la raze de Garnier. Pour cela, il fallait ramener l'eau. Car, des jasseries de la Goutte de l'Oule, l'écoulement naturel se ferait dans le ruisseau de Pierre Brune.
Si ce réseau de béals est contemporain de l'organisation de la montagne de Garnier, vers 1200, tout participe de la même manœuvre que le béal comtal et la raze de Garnier. Il semblait important de remettre l'eau en comté de Forez. Elle ne pouvait partir en Auvergne. Il n'y a pas de pente dans cette direction. Mais elle pouvait partir vers le ruisseau de Pierre Brune, c'est-à-dire le Lignon, la seigneurie de Couzan et (au moins pendant la Magna Guerra) les terres de l'Empire.
Le troisième béal d'irrigation est bloqué par la végétation. Les béals ont toujours été creusés par les paysans locaux. Ce sont des serfs ou tenanciers autour de l'An Mille. Ce sont des locataires ou des propriétaires, après 1789. Les béals n'ont pas toujours été creusés dans le seul intérêt pastoral local des paysans. Vers 1200, même après la Querelle des Investitures, le comte de Forez, les moines de la Bénisson-Dieu et le roi de France ont des intérêts plus stratégiques à l'égard de l'Empire. Occuper le terrain, comme à la Traverse de Courreau, était déjà un objectif valable.
Encore une fois, l'image d'une perte à partir d'un béal qui s'obstrue, faute d'entretien. Dans le prolongement de la nappe d'eau, on devine encore le peu profond fossé du béal. Il contourne la colline, puisque les jasseries ne sont plus visibles sur ce versant.
La perte s'effectue à hauteur du bâton planté dans la tourbe. En amont, le béal rempli d'eau est nettement visible. Le Forez est à droite. L'Auvergne est à gauche.
S'échappant du béal, l'eau se répand dans le vallon. Au-delà de la zone maintenue humide par capillarité ou percolation, c'est la bruyère qui domine. Cette observation contient une part de l'explication pour cet ensemble de canaux. Le but est de produire de l'herbe, pour nourrir des vaches des monts du Forez et fabriquer du fromage de Roche. Mais produire de l'herbe dans un climax de forez (hêtraie-sapinière) et de tourbières n'est pas si simple.
Sans eau, l'herbe des versants n'est pas assez dense. Elle se laisse envahir par sa concurrente, la bruyère. Ce que montre le versant Auvergnat du vallon. Il faut donc irriguer les prés, qu'ils soient de pacage ou de fauche. Noyé d'eau, le vallon est un marais. Il faut le drainer en dirigeant l'eau vers le seul versant intéressant, le versant forézien. Il faut aussi canaliser le ruisseau, au sein de la zone humide, pour maintenir son écoulement, à la limite de la percolation. Il n'est pas question de produire un flot torrentiel.
Entre le marais et la bruyère, le sort du ruisseau et celui du pâturage d'estive sont fortement liés. Le marais est le souvenir de la tourbière. La bruyère, le sorbier des oiseleurs et les pins isolés sont les précurseurs du retour de la forêt sous diverses formes possibles (pinède ou sapinière).
A nouveau, l'amorce d'un béal qui se perd. C'est le quatrième. Il n'est pas assez élevé en altitude pour rejoindre les loges des jasseries de la Goutte de l'Oule. Il est destiné au patural des mêmes jasseries. Cette eau irriguait le versant, avant de rejoindre le ruisseau. Canalisée par la raze, au pied de la tourbière (à 1368 mètres), l'eau passe à Garnier puis au gué des Planches. De là par le béal comtal et le Vizézy, elle descend jusqu'au Montbrison. Au loin, les pâturages de Garnier. Les jasseries de Garnier sont construites sur une ancienne possession des moines de la Bénisson-Dieu. Vers 1200, l'abbé et le comte de Forez furent probablement les initiateurs des travaux de drainage et de captage de la Goutte de l'Oule. Les jasseries de la Goutte de l'Oule sont peut-être postérieures. Sans ces travaux pour la ramener, l'eau prise dans ce vallon et conduite aux jasseries aurait fini par descendre dans la seigneurie de Couzan, par le ruisseau de Pierre Brune, via le pont de Chorsin, le Pont de la Pierre, le pont de Subertha (sous Sauvain), Sail-sous-Couzan et Boên. Ironie de la ligne de partage des eaux.
Sur le versant Auvergnat du vallon, une sente ou une draille. Elle reste en surplomb du ruisseau, à la limite des bruyères. Il ne devait pas être facile de faire paître un troupeau sur le versant Auvergnat, sous le plateau de Pégrol, sans venir piétiner des canalisations toujours délicates à entretenir.
Au fond, la Roche Gourgon. Elle est dédiée aux Gorgones, par les caravanes de la route grecque de l'étain. A droite (au sud) de la Goutte de l'Oule, la butte herbeuse qui supporte le Plateau de Pégrol est déjà en Auvergne. Vers l'an 1200, le vallon de la Goutte de l'Oule est une pointe avancée du Forez entre l'Auvergne et l'Empire Germanique. L'intérêt stratégique peut expliquer certains aménagements dont la rentabilité n'est pas toujours évidente. A d'autres époques, c'est la pression démographique qui a pu pousser à la construction ou reconstruction des jasseries de la Goutte de l'Oule. Entre temps, la montagne restait parcourue par les troupeaux.
Bien canalisé par ce ruisseau contrôlé, le débit de l'eau est important dans le vallon de l'Oule. Nous ne sommes qu'au mois de Mai.
Le ruisseau décrit des méandres, du bord Auvergnat au bord Forézien.
Fluctuantes limites Forez-Auvergne. la montagne, des pierres levées (bornes seigneuriales) ou des boules ("Les Deux Boules" vers le col de la Loge), parfois marquées d'une croix (blason des Couzan) ou du BD des moines (de la Bénisson-Dieu) marquent toutes sortes de limites. Les frontières du Forez n'étaient pas stables. Un peu plus au sud, en 1358, elles se déplaçaient des crêtes (le col des Limites) à la rivière d'Ance(le bourg de Saint-Anthème). Or les sources de l'Ance sont à un quart d'heure d'ici.
Sur le versant Forézien, en amont de notre position, les traces d'anciennes razes. Faute d'entretien, elles ne peuvent plus capter l'eau du vallon. Les talus d'hier devaient être un peu plus massifs.
Nous approchons du sommet de la colline. Noter qu'aucune raze ne part jamais sur l'autre versant. Le droit de prise d'eau ne devait pas y être reconnu à ses tenanciers.
Au contraire, plus bas, au niveau de l'ancien lac glaciaire, une raze détourne un ruisseau vers les pâtures de l'autre versant.
Les razes s'échelonnent à diverses altitudes. Nous avons appris à distinguer béal d'alimentation, béal d'irrigation et béal de retour.
On aperçoit, maintenant vue d'en haut, une raze rencontrée au cours de la montée.
Le vallon effectue encore des coudes. Même à proximité du sommet de la colline, l'eau est assez abondante. On remarque que l'herbe est plus abondante juste en-dessous d'un béal d'alimentation ou d'irrigation, des années après son abandon. Ailleurs, surtout au-dessus, la bruyère l'emporte rapidement. Il ne suffit pas de faucher la bruyère (litière des animaux), il faut irriguer pour avoir de l'herbe verte.
Vue d'en dessous, une autre raze...
...qui se prolonge assez loin...
... et toujours plus loin. Elle est coupée de lignes de ruissellement. Elles aussi sont favorables �l'herbage, quand le ruissellement n'est pas torrentiel.
Une sente longe toujours le ruisseau, sur le versant Auvergnat. Avec un peu de recul, on voit le vallon humide et le versant où gagne la bruyère.
Le ruisseau se manifeste par des trous d'eau.
Au-dessus du vallon, des traces de razes et de drailles.
Encore une légère rupture de pente.
Elle aboutit à un replat. Le dernier talus est-il totalement naturel ou accentué par l'homme ?
Le bâton est enfoncé dans ce qui fut une retenue d'eau : une bonde, un abreuvoir, une serve ? De petites razes arrivent des deux versants.
Le replat est formé par la convergence de deux petits vallons. Ils sont lisibles, à 1450 mètres, sur les courbes de niveau de la carte IGN. Le travail de l'homme a élargi l'espace par un talus, en aval.
Aux temps de la grande fréquentation, ce point d'eau attirait les troupeaux. Chaque berger devait respecter les droits des autres, comme en témoignent les textes ("Le Partage de la Montagne de Roche"). A en juger par la seule altitude, c'est ici que peut se faire la prise d'eau du béal d'alimentation des loges et des bondes. Nous sommes entre 1440 et 1450 mètres. Les loges des jasseries sont situées à 1423 mètres.
Suivons la raze pour laquelle semble avoir été aménagée cette prise d'eau par la construction d'un talus.
Son tracé est assez net. Comme toujours, il est très proche de l'horizontale.
Au fur et à mesure que nous nous éloignons du vallon humide, l'herbe se fait plus rare. La disparition de l'estive en jasseries a commencé au début du XX ème siècle. Ces circonstances sont développées dans la thèse de sociologie rurale de Maurice Damon, intitulée "Les Jasseries des Monts du Forez".
Dans le creux de la raze, des myrtilles poussent (mieux arrosées et plus broutées). De part et d'autre, des bruyères. Elles remplacent respectivement l'eau et l'herbe.
Un retour en arrière, sur l'ensemble du chemin parcouru. Vers l'aval, les méandres du vallon et la sente du versant Auvergnat. Au fond, les pentes boisées de la Roche Gourgon.
Un retour en arrière, vers l'amont, sur le chemin parcouru dans la raze, depuis le point de prise d'eau. Dans les myrtilles et la bruyère, la trace de la raze que nous suivons. Au centre, le vallon. A gauche, le plateau de Pégrol.
La raze qui amenait l'eau du ruisseau aux jasseries se confond parfois avec les drailles des animaux et les razes qui conduisent les eaux de ruissellement au béal ou au ruisseau.
Seules, par endroits, des traces de fossé et de talus distinguent la raze des drailles tracées par le bétail, au plus près de cette réserve d'eau.
Peu à peu, nous contournons la colline.
Parfois la raze est très creusée. Au loin, le chemin qui relie les jasseries de Garnier à la tourbière de l'Oule, leur château d'eau.
On commence à voir des traces de construction, au jas où nous conduit la raze. Du jas aux jasseries, le changement de vocabulaire traduit un développement de la propriété privée sur la montagne pastorale. Le jas (jacere, gésir) n'était d'abord que le lieu où se tenait le troupeau. Ce n'était pas seulement une montagne à vaches, mais aussi une montagne à moutons. D'où une organisation en cantons.
Il s'agit d'une bonde, une réserve d'eau à ciel ouvert. Elle est construite avec des pierres de granite ou de gneiss. Les ruines des premières loges sont à portée de vue.
Une autre réserve, quasi identique, est un peu au-dessus. En amont du béal, peut-être recevait-elle des eaux de ruissellement ? Nous avons peine à imaginer un autre béal, plus haut. Décanter les eaux de ruissellement n'est pas une mauvaise chose, pour éviter la pollution de l'eau.
Ces réserves d'eau desservaient un jas ou ensemble de jasseries. Dans le même temps, la vue sur les montagnes de Garnier et de Courreau s'élargit.
Une jasserie montre les ruines des murs de sa loge (étable et habitation). En arrière-plan, entre ses falaises, rabotées par les glaciers du Forez, la vallée de Chorsin. Peu à peu, le vallon du ruisseau de Pierre Brune est conquis par la forêt. Jadis, la montagne pastorale commençait beaucoup plus bas. Dans la forêt, d'anciens chemins en témoignent.
Une autre loge de jasserie se trouve en aval. Plus bas, la tourbière de l'Oule ; plus loin, les trois Gorgones de la Roche Gourgon. A peu de distance, les sources de l'Ance percolent entre le Plateau de Pégrol et la Croix de Barras.
Le toit d'une cave à fourme a perdu son revêtement de terre et d'herbes. La couverture végétale était favorable à l'isolation thermique.
La cave à fourme n'ouvrait jamais sur l'extérieur, sauf une fente de ventilation. La cave s'ouvrait dans la loge, dont les murs ne tiennent plus debout.
L'autre partie du jas ne se porte pas mieux.
Nous sommes dans la loge, devant l'ouverture de la cave à fourme. C'est là que s'affinent les fromages de lait de vache, fourme de Montbrison ou fourme d'Ambert, deux spécialités des monts du Forez.
L'intérieur de la cave à fourme. Les fourmes étaient régulièrement tournées, pour garder leur forme cylindrique. Moisissure pour moisissure, les murs de la cave sont de la couleur de la fourme de Montbrison.
Après avoir traversé la cave pour la rafraîchir et l'étable pour la nettoyer, l'eau était récupérée pour l'irrigation et la fumade des prés, en aval des loges. En face, couvert de bruyère, le versant du plateau de Pégrol.
Un talus aval retient l'eau dans le béal d'irrigation. Un systèmes de "levées" et de "descendé" permet d'irriguer au mieux les fumées. On bouche le descendé à la hauteur d'une levée pour irriguer toute une zone des fumées.
Le béal se poursuit assez loin...
... et débouche dans une nouvelle réserve d'eau. Plus loin, au-delà des versants boisés de Chorsin, le bourg de Sauvain.
Un peu plus loin, sur le même jas, alimenté par le béal commun, la ruine d'une autre loge de jasserie. Par-delà la diversité de la propriété privée des jasseries, le béal d'alimentation commun fait l'unité relative d'un jas et l'objet de l'organisation paysanne de l'estive.
Il est difficile de retrouver le plan de la loge.
Derrière les ruines, sur l'autre versant du ruisseau de Pierre Brune, les jasseries de Renat. Le plateau de Molinvé domine la cascade de Chorsin. Au fond, barrant l'horizon, les monts du Lyonnais.
Semblables aux Cornes d'Urfé, les ruines de la grande loge que nous avions aperçu depuis bien longtemps. La comparaison n'est peut-être pas de pure forme. C'est pour les besoins de la même Magna Guerra qu'Arnoul Raybe, seigneur d'Urfé construit la première tour d'observation de Champoly, vers 1130. Qui sait si Guillaume de Chorsin ne fut pas responsable de la Garde, en ce lieu vers 1200 ? Tout en discutant, nous sommes revenus au-dessus de l'Oule, l'ancien lac de surcreusement transformé en tourbière.
De belles pierres de taille expliquent l'état relatif de conservation de la loge. Elle semblait avoir une porte pour l'étable et une fenêtre pour la logette.
L'eau semble entrer dans l'ancienne étable par la face sud. Une autre alimentation devait desservir la logette et la cave à fourme.
Traversons l'étable de la loge en ruine, en direction de sa cave à fourme.
Ce bâtiment annexe communique avec l'intérieur de la loge, probablement avec la logette, la partie réservée à l'habitation.
L'entrée de la cave près du mur amont de la jasserie. De manière à ce qu'elle soit le plus enterrée possible.
Construction de pierres, en voûte, avec de petites ouvertures de ventilation. Elles sont bien assez grandes pour que la neige soufflée s'y engouffre, en hiver.
A travers l'ancienne fenêtre de la loge, la Montagne de Garnier. A gauche, le Bois de l'Oule.
La faille géologique du ruisseau de Pierre Brune entre la Montagne de Garnier et le Plateau de Molinvé Cette faille tectoniqueest une conséquence de la dérive des continents, tout comme l'érection des Alpes.
En face, les jasseries de Renat et le plateau de Molinvé, dont les falaises du Haut du Jour (1327 m) dominent le village de Chorsin. Au fond, le Montherboux (à 1279 mètres) où se tenait la première motte castrale de Sauvain. Un long béal l'alimentait en eau, depuis les Gourds des Aillères. L'alliance des seigneurs de Rochefort était fondamentale pour les comtes de Forez.
Au-delà de la cave à fourme, d'autres ruines de loges, la bonde de la jasserie.
Une autre ruine, plus au nord. Elle est tournée vers les jasseries de Colleigne.
La face arrière de la cave à fourme. Elle a gardé en partie sa couverture d'herbe.
Au-dessus de la cave, les restes de la réserve d'eau. Nous sommes à 1 423 mètres.
Dans l'état actuel du terrain, il est difficile de reconnaître un béal, un chemin, des ruines abattues ou d'autres travaux de terrassement.
Est-ce une très ancienne ruine ou les vestiges d'une importante réserve d'eau ? La famille de Chorsin a-t-elle tenu ce lieu en fief, pour le comte de Forez et pour l'abbé de la Bénisson-Dieu ?
Peut-être fallait-il capter les eaux de ruissellement, à défaut de ruisseau à proximité ?
Revenons vers les réserves d'eau. La raze arrive en amont de la réserve. Elle se remplit par gravitation.
La raze qui nous a conduit de la Goutte de l'Oule aux jasseries n'est plus en eau depuis longtemps. Elle devait être le point faible de ce jas.
Vue de plus bas, nous voyons la face externe d'une réserve d'eau. Elle s'intègre dans la végétation.
De là, l'eau pouvait s'écouler vers la jasserie dont on voit les ruines.
Au-dessus des jasseries, un sentier monte vers les pâturages de parcours et le sentier des crêtes. Dans chaque jasserie, on distinguait les prés de proximité (très entretenus) et les pâturages de parcours (beaucoup plus éloignés).
Par la même occasion, le sentier draine des eaux de ruissellement vers les jasseries. En plein été, l'eau devait être un souci dans les loges.
A cette altitude, à proximité de la ligne de crêtes, hormis la Goutte de l'Oule, il n'y a pas de ruisseau ou de source dont l'eau aurait pu être conduite vers ces jasseries. En comparant l'alimentation en eau des jasseries d'altitude, il nous semble que celle des jasseries de la Goutte de l'Oule est la plus osé.
Arrivés au sommet de la colline (1 464 m), nous avons la vue sur Pierre-sur-Haute. Toute cette zone est une zone de ruissellement de surface et de formation des premiers ruisseaux.
C'est l'occasion d'un tour d'horizon sur les Hautes Chaumes ...
... et vers la plaine du Forez.
De là, il est facile de rejoindre le haut du vallon de la Goutte de l'Oule.
Alimenté par le ruissellement superficiel, depuis le Plat de la Richarde (1504 mètres) et le plateau de Pégrol (1479 mètres), le vallon marécageux commence à proximité des crêtes (1466 mètres). Le sol granitique est plutôt imperméable.
C'est là que se forme la goutte dont nous avons longtemps remont�le cours.
Le sol a toujours un aspect tourbeux...
... où l'eau se montre, dans des trous de la végétation.
La ligne de crêtes, frontière des Arvernes et des Ségusiaves, de la Gaule Lyonnaise et de la Gaule Aquitaine, du Forez et de l'Auvergne, de la Loire et du Puy-de-Dôme, de la région Rhône-Alpes et de la région Auvergne.
Par son aspect spongieux, où la percolation est lente, le vallon est une réserve naturelle d'eau.
Les eaux de pluie et de fonte des neiges sont piégées par le sol tourbeux...
... dans une goulotte rabotée par les glaciers du Quaternaire.
Du chemin qui surplombe le vallon, nous voyons la tache verte du marécage le plus haut.
Comme nous l'avions perçu du bas, il est bien à l'embouchure de deux petits vallons.
En suivant le chemin, vers le sud, depuis le plateau de Pégrol, nous retrouvons la Montagne de Courreau....
...puis la Roche Gourgon. Variante du GR3, ce chemin est en Auvergne, sur la commune de Valcivières.
Plus sec, plus aride, le sol est gagné par la bruyère.
Il ne suffit pas de déforester pour faire des pâturages, il faut capter l'eau et la distribuer au mieux.
Même solitaire, le pin sylvestre montre qu'à 1 474 mètres, sur le Plateau de Pégrol, nous sommes à l'étage de la forêt. La pinède serait dans son climax. Dénudé le chemin n'est pas à l'abri des écoulements torrentiels des jours d'orage.
Après avoir remonté...
... le vallon de la Goutte de l'Oule... que nous laissons derrière nous ...
nous redescendons ...
la croupe du versant...
....Auvergnat qui le domine.
Nous sommes sur le versant du Plateau de Pégrol.
Dans l'axe de la Roche Gourgon, la tache sombre d'une autre tourbière. Elle est formée par un autre lac de surcreusement glaciaire. Ce sont les sources de l'Ance, coulant vers Saint-Anthème. Comme pour la Goutte de l'Oule, le tissu herbeux tend à se ressouder au-dessus du ruisseau. Sans l'action de l'homme, ses sources seraient des marécages. Les pâturages alentours n'existeraient pas. Comme lorsque les chasseurs du Paléolithique venaient pister le cerf, le chevreuil et le sanglier dans les forêts initiales. Certains ont laissé des silex à proximité du col des Supeyres.
* * * Fin de la randonnée * * *
* * *
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Mis en ligne le Vendredi 25 Juillet 2008.
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